BELLE BAYONNE
Par: J. Lucien Ouellet
de: La Pocatière, Québec

 

Dans les quelques lignes qui vont suivre, je veux vous tracer le portrait de la première jument Canadienne de chez-nous.  Son nom était Belle Bayonne, née le 8 mai 1914 ;  elle portait le numéro d’enregistrement 1531, pesait environ 1,000 livres (en bonne chair comme on disait dans le temps).  Elle a laissé 12 descendants, 5 mâles et 7 femelles, 3 de ces mâles ont laissé une forte progéniture dans notre région avant de s’en aller continuer leur descendance dans les comtés voisins.

            Le premier étalon, STAR no 2175, a été acheté par le Ministère de la Colonisation et est allé finir ses jours dans une paroisse du Témiscouata, si je me rappelle bien, c’est à St-Emile d’Auclair (ceci est sous réserve).  Le deuxième, CAPITAINE no 2306, a été sélectionné par l’agronome du comté de Rivière-du-Loup, feu Adrien Martin et il est allé à Trois-Pistoles.  Le troisième, PRINCE no 2561, est resté chez-nous jusque dans les années 50 je crois.  Il fut castré  à cette période car l’élevage avait beaucoup diminué.  Quant aux deux autres :  CRABE et BONHOMME, ils sont morts à trois et un an, suite à des accidents.  Les femelles, au nombre de 7 ont été retenues et vendues pour l’élevage dans la région à d’autres cultivateurs.  Fait assez rare, sur 12 sujets, tous étaient de couleur noire sauf une bai foncé… c’est à faire plaisir à certains éleveurs d’aujourd’hui.  Ha ! Ha !

            Cette petite jument Canadienne, avant de venir chez-nous, fut la propriété d’un ancien Premier Ministre du Québec, feu Adélard Godbout alors qu’il était agronome dans le comté de L’Islet.  M. Godbout était résident de Ste-Anne de La Pocatière et son bureau d’agronome était dans le comté de L’Islet.  Il partait de Ste-Anne le lundi matin pour ne revenir que le vendredi ou samedi et ce n’était pas rare qu’il partait de St-Pamphile pour Ste-Anne et M. Godbout disait à mon père qu’à certains moments, elle était fatigante à conduire, il disait : «on vient les bras morts».  (Si aujourd’hui il m’est possible de vous relater ceci, c’est de l’avoir entendu raconter par mon père à plusieurs reprises).  Pour remplacer sa petite Canadienne, l’agronome Godbout s’est acheté une automobile.

            Également à l’âge de 22 ans et avec 5 personnes dans un boghei, elle pouvait rouler encore à 20 milles à l’heure (3minutes/mille) ;  ceci vérifié par un automobiliste.  À ce même âge, elle a fait de Ste-Anne à St-Pamphile aller et retour dans la même journée (90milles) en hiver avec une personne qui allait soigner un cheval paralysé dans un camp de bûcherons.  Ne vous en faites pas, elle a vécu encore 7 ans après cela et elle a été utilisée pour faire la livraison du lait dans le village de Ste-Anne de La Pocatière et c’était moi-même qui faisais ce travail de laitier (vente du lait à 4 cents la pinte, bon prix n’est-ce-pas !)

            À elle et sa progéniture sont venus s’ajouter 2 sujets achetés :  un mâle et une femelle gestante (sirène de Cap Rouge) lors de la fermeture du Haras de St-Joachim.  Cette femelle nous a donné un superbe mâle, TOM no 2227, qui vécut chez-nous jusqu’à l’âge de 14 ans.  Il fut remplacé par BAZOLA DE BÉCANCOUR qui a donné plusieurs sujets de race pure à la Station Fédérale de Ste-Anne de La Pocatière.

            Pourquoi avait-on baptisé le Cheval Canadien, LE PETIT CHEVAL DE FER, c’est pour les raisons et les anecdotes que je viens de vous relater et qui a été la vie de cette petite jument Canadienne BELLE BAYONNE.

            Amis Éleveurs de Chevaux Canadiens, soyons orgueilleux de notre cheval et fiers de la race, elle a tout un passé, toute une histoire dont nous pourrions parler durant des heures et des heures sans s’arrêter.  Le Cheval Canadien a été celui qui a défriché nos terres. C’était le cheval de nos ancêtres ;  aujourd’hui, il est le nôtre.  Transmettons cet héritage à nos descendants en leur inculquant l’amour de ce Cheval car cette race ne peut disparaître de chez-nous.  Gardons bien en vue cette optique et continuons à aimer et apprécier à sa juste valeur ce beau Cheval Canadien qui nous a donné et qui nous donne encore tant de plaisir.

 

St-Anne Marquis de Bécancour
Par: André Auclair
De: St-Paulin, Québec

 

      Étalon noir portant le numéro 3544, né le 1ier juin 1952 à la ferme Expérimentale de Ste-Anne de La Pocatière, Québec.  Acheté vers l’âge de 15 mois par Etienne Gagnon de Viger, Québec, il le vendit à Arsène Bérubé de Cacouna, Québec à l’âge de 5 ans et l’année suivante il était acheté par la Ferme École Provinciale de La Gorgendière de Deschambault, comté de Portneuf, Québec.  Il y servit plusieurs années et  engendra une grande famille avec plusieurs fils pour continuer sa lignée jusqu’à nos jours.  Il était issu du fameux étalon noir «Bazola de Bécancour» d’où le suffixe de Bécancour no 2485   et d’une jument  née à La Pocatière, Ste-Anne Hisola no 3272, alezane issue de Thomas no 2334 et Zola de Cap Rouge no 2547 des vieilles lignées gouvernementales.

     

En fait, Bazola no 2485 était issu de Paul Bazola no 2220 et de la jument Lede no 2162 une vieille lignée de Thouin de Repentigny.  Bazola fut acquis en 1946 par M. J. Lucien Ouellet de La Pocatière, un voisin des Fermes Expérimentales Fédérales.  M. Ouellet avait un étalon, Thom II no 2563, à sa ferme des  Trois Chemins.  Thom II était bai, né chez M. J. Lucien Ouellet d’une jument achetée à St-Joachim de Montmorency du troupeau de Cap Rouge.  Cette jument, Sirène de Cap Rouge no 2273, était gestante du fameux Tom no 2227;  de cet accouplement est né l’étalon de M. Ouellet. Il échangea Tom avec M. Alexandre Fournier de Montmagny pour son Bazola lors d’un voyage en train avec leur étalon respectif pour la présentation à la Royale d’hiver de Toronto en novembre 1946.  En ce temps-là, il fallait monter à Toronto dans les chars (wagons) avec les chevaux,   dormir et même cacher le palefrenier clandestin dans le foin n’ayant pas de billet pour lui.  Tout cela afin de promouvoir notre belle race chevaline.  L’issue de cette transaction fut que celui qui se classerait le meilleur paierait les transferts des enregistrements des chevaux.  Bazola fut vainqueur à Toronto, M. Fournier a donc payé les papiers.

Avec Bazola, M. J. Lucien Ouellet fit saillir plus d’une douzaine de juments de la ferme expérimentale de Ste-Anne et cela entre les années 1948 et 1952 ; d’une de ces saillies naquit l’étalon Ste-Anne Marquis dit De Bécancour.  Bazola était un cheval trempé avec une impressionnante musculature ne dépassant pas 15 mains et 1200 livres en bon état de chair ;  il était compact avec beaucoup de prestance et d’action.  Marquis était un peu plus lourd et un peu plus grand que son père, dans les environs de 15,2 mains  et pesant au-dessus de 1300 livres.  Les caractéristiques de cette lignée marquent beaucoup le type de la race ; on les retrouve dans les descendants actuels apparentés à cette lignée.

Il faut dire Bravo aux pionniers de l’élevage de cette époque et à ceux qui ont suivi leurs traces !
 

La lignée Henryville Prince
Hommage à M. Bernard L'Amoureux
Par: Réal Sorel
De: St-Germain de Kamouraska, Québec
 

Une race, la nôtre                   Homme x Cheval = Fierté                «Bernard Lamoureux »

Cet éleveur est né au début du siècle et décédé le 29 novembre 1984 à l’âge de 76 ans et 8 mois.  M. Lamoureux fut aussi maire de la municipalité d’Henryville, Québec, pendant plusieurs années.

J’ai connu Bernard Lamoureux en juin 1963 lors d’une visite chez-lui à titre de propagandiste de la Société des Éleveurs de Chevaux Canadiens.  Le poulain Henryville Prince no 3813 qui est devenu son cheval préféré avait seulement quelques jours.

Un homme costaud, trapu, rougeau et d’un langage coloré, bon politicien, attachant et impliqué dans l’organisation de l’exposition de Bedfort était un excellent agriculteur.  Sur sa ferme, une de ses filles s’occupait de l’industrie laitière et lui de la production d’urine de juments gestantes.  Ses petits-enfants étaient aussi toute sa vie.

Son troupeau était composé de juments de la race Canadienne, Percheronne et croisées.  À l’exposition de Bedford, il présentait des Canadiens et des Percherons et «Mon Petit Prince» comme il l’appelait.

À cette époque, les éleveurs enregistraient très peu de poulains excepté le poulain et quelques pouliches de reproduction.  Les poulains étaient généralement vendus très jeunes à l’extérieur du Québec.  C’était un sous-produit de cette industrie.

 

Pour reprendre les enregistrements chez Bernard Lamoureux, nous avons dû procéder par jument souche dans plusieurs cas parce qu’il ne se souvenait pas de la mère de certaines femelles.  C’est la raison pourquoi la progéniture d’henryville Prince est seulement de 43 sujets enregistrés dont 24 pur-sangs et 19 souches. 

Le Petit Prince a toujours appartenu à Bernard Lamoureux.  Mais après plusieurs discussions dans le but d’amener du sang nouveau dans le troupeau La Gorgendière, il a consenti à le louer à la Station de Recherches Agricoles de Deschambault seulement pour un temps très court.  Prince a laissé 5 descendants à la Station :  Alfa no 3978, Alouette no 3979, Altesse no 3977, Aubin no 3975.  Quelques années plus tard, Faro no 3990.
 

Henryville Prince est un étalon était un étalon alezan, 14,1 mains, très doux, ayant une tête exceptionnelle, on disait même qu’il pouvait boire dans une tasse.  C’était le type que M. Morgan recherchait.  D’ailleurs Prince est de la même lignée de chevaux Canadiens que M. Morgan achetait : «Deland»

 

Je me souviens que chaque jour durant la saison de monte, Bernard Lamoureux faisait monter dans le petit camion son Prince pour aller au pâturage rencontrer une à deux belles juments prêtes à le recevoir.  Pour les préparer il avait dans le troupeau un cheval hongre.

Si vous remarquez dans le troupeau Henryville, il y a beaucoup de consanguinité et cela est dû à la complicité de l’homme et son cheval.  Cet homme ayant peu de souplesse physique a eu besoin de ce cheval à caractère doux et fidèle à son maître pour réussir avec succès son entreprise chevaline.

Cet amour de l’homme pour son cheval a été au-delà d’un élevage basé uniquement sur la génétique.  Aujourd’hui, cette lignée est recherchée pour son caractère calme et chaleureux.

Merci à Bernard de nous avoir laissé en héritage cette  lignée de Chevaux Canadiens !